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2. Le couvent – vitrail : le tailleur de pierre

Vitrail no 2, le tailleur de pierre, d’Anne-Lise Vullioud, vitraillère, Le Brassus.
Le travail remarquable des tailleurs de pierre, dans le cadre de l’édification de l’abbaye du Lac-de-Joux, n’est plus guère visible que dans la réalisation ancienne de l’une des arches du croître. Les tailleurs auraient œuvré sur de la pierre importée, c’est-à-dire tirée de carrières extérieures à la Vallée de Joux.
Pour ce qui est de la tour, il est fort probable par contre que les blocs de calcaire la constituant aient été tirés d’une carrière proche et que la taille ait été faite sur place.
L’un dans l’autre, le problème de la provenance de ces matériaux n’est pas définitivement résolu. Ce qui ne vous empêchera pas d’admirer l’habileté consommée de ces anciens artisans de la pierre et surtout de les honorer.
Le couvent – survol rapide de son histoire –
Le couvent de l’Abbaye du Lac de Joux fut édifié entre 1126 et 1134 sous l’ordre des prémontrés, soit des moines blancs.
Onne connaitra sans doute jamais qui furent les vrais constructeurs de cet établissement religieux, tailleurs de pierre, charpentiers et autres, d’où ils venaient et où ils prélevaient leurs matériaux. Et surtout quelle fut la longue histoire architecturale de ce monastère qui connut sans cesse des remaniements jusqu’à sa fin en 1536.
On se posera aussi de nombreuses questions quant à ses remparts, leurs véritables largeur et hauteur et au final leur rôle, puisque des hommes un peu dégourdis, avec des échelles ou des cordes et des grappins, pouvaient passer outre ces murailles avec facilité. Lire à cet égard le texte annexe : les passeurs de muraille ! Protection contre les bêtes sauvages, loups en particulier ? Murs mis en place par pure tradition ? On l’ignore.
On le sait, les vestiges de l’ancien couvent sont rares. On ne peut guère citer que la tour et les arches de l’ancien cloître qui furent préservées pendant de nombreux siècles par le simple fait d’avoir été intégrées dans des murs de façade, et ceci pour deux maisons au moins, ainsi qu’on peut le voir ci-dessous.

Ces arcades apparaissent sur cette photo de 1966, prise juste après l’incendie. Elles furent récupérées par une équipe de passionnés motivés par l’ancien syndic de la commune de l’Abbaye, Charles-Edouard Rochat. On les remonta bientôt à proximité de la tour où vous pouvez les admirer aujourd’hui.
Ce serait sous la direction de l’abbé Guillaume de Bettens que le cloître de l’abbaye du Lac-de-Joux aurait été construit, cela moins de cent ans avant la fin du couvent. Les éléments en auraient été constitués par de la pierre d’Agiez. Idem d’ailleurs pour les restes des voûtes de la tour.
On parle pour le style de ces arcades d’un gothique flamboyant.
Les abbés se succédèrent selon la liste ci-dessous. La mémoire populaire a longtemps gardé le souvenir de Jean de Tornafol, religieux particulièrement dur avec la population du versant occidental de la Vallée, celle-ci en venant même à se révolter contre son autoritarisme pointilleux. L’enlèvement du dit l’abbé à Pétra-Félix lors de l’un de ses passages au col, demeure un haut fait d’histoire. A tel point qu’il fut fixé par la littérature locale et même sur pellicule par une reconstitution de la fin des années cinquante effectuée par deux réalisateurs, MM. Convert et Barblan.

Liste des abbés s’étant succédés à l’abbaye du Lac-de-Joux. Mottaz, Dictionnaire historique du canton de Vaud, tome 1, 1914

Ensemble de quelques armoiries d’abbé dessiné par Auguste Piguet, professeur.
Quelques dates importantes de l’histoire de l’Abbaye :
1126-1134 Construction. Le premier responsable est le prieur St. Gosbert
1155-1157 Différend avec des moines d’un autre ordre installés au Lieu de
Dom Poncet. Un acte scelle la destinée des religieux du Lieu qui
n’auront pas droit à des animaux pâturant. Ils auront disparu avant
même la fin du siècle.
Début XIV Décrépitude de l’abbaye du Lac-de-Joux, principalement sous la
le règne de Jean de Lutry.
Début XIV Construction de la Tour par les sires de La Sarraz
- Vente de la Vallée par François de La Sarraz à Louis, Duc de
Savoie
- Jean Pollens, abbé du Lac-de-Joux, aberge, par acte du 14 janvier
1480, à Vinet Rochat de Ville-Dieu, en Bourgogne, et à ses trois
fils, le cours de l’eau et flux de la Lionne pour y construire des
bâtiments industriels.
- Les gens du Lieu enlèvent l’abbé Jean de Tornafoll en Pétra-Félix
et l’obligent à annuler certains actes par trop contraignants. On devine la suite !
- Claude d’Estavayer aberge une vaste zone en Praz-Rodet aux
communes de Bursins et de Burtigny. Cet acte sera contesté par la
communauté du Lieu en 1543 sous le règne de LL.EE.
- Arrivée des Bernois, fin du monastère dont les biens échoient au
prince. Le dernier abbé, Jean Pollens dit Bessonis, se convertit.

Reconstitution de l’abbaye du Lac-de-Joux et de ses remparts par le Dr. Convert vers 1957. On comprendra que tout est plus ou moins à l’avenant, avec une profusion de tours qui n’ont jamais existé !

Le dernier abbé Claude Pollens dit Bessonis, vit l’arrivée des Bernois en 1536. Il adjurera la religion catholique pour embrasser la réforme, obtiendra la jouissance viagère de son abbaye, se mariera et aura une fille prénommée Eve.
Cette glorieuse destinée a été retracée avec succès par Joël Reymond dans son ouvrage désormais bien connu, Le dernier abbé du lac [1].

La domination de l’abbaye prémontrée sur la Vallée avait duré quatre siècles environ. Plus que la durée du régime bernois qui ne fut que de 262 ans, plus bien entendu que ce que nous avons connu de la vie vaudoise qui n’est en 2019 que de 216 ans.
Les autres ouvrages sur l’histoire ancienne et religieuse de notre Vallée sont nombreux.
Les tailleurs de pierre

Une visite sur le chantier de Guédélon, en France, en octobre 2019, nous a permis de rencontrer des tailleurs de pierre travaillant à l’ancienne.


Les tailleurs de pierre de l’époque du couvent produisirent un travail d’une formidable bienfacture lors de la production des éléments des arches du cloître. Nous sommes alors, selon les historiens, déjà au XVe siècle. Il s’agit d’un style dit gothique flamboyant.

Qui s’intéressait à l’époque, 1966, à ces vieux cailloux ?
Pour parler pierre, arches, style, époque, la présence du spécialiste est nécessaire. Suivez le guide[2] :


Deux sceaux de l’abbaye du Lac de Joux[3]
A l’Abbé Wuillelme Boniz, succéda Raymond qui, en l’année 1319, abergea des terres de son abbaye dans le territoire de St. Saphorin. Cet acte est scellé du sceau de l’abbé et de celui du couvent ; l’un et l’autre sont de forme ovale. Le premier représente l’abbé vu de face et en pied, tenant de la main droite la crosse abbatiale et de la main gauche un missel (livre qui contient l’office divin) appuyé sur son cœur ; il est revêtu d’une soutane à plis serrés qui descend jusqu’à ses pies, par-dessus laquelle il porte un ample surplis (ou aumusse) plus court, à manche flottantes qui pendent jusqu’aux genoux. La tête nue est entourée d’un camail à capuchon rabattu sur les épaules. A sa gauche, un geai grimpe le long de son vêtement, tenant dans son bec une branche de verdure. Autour, on lit : « S. ABBATIS LACUS JURENSIS. » Seau de l’Abbé du Lac de Joux.

Le sceau du couvent représente un religieux en pied, vu de profil, vêtu de la même manière, excepté que la tête est couverte de son capuchon dont la pointe retombe par derrière jusqu’à la ceinture. Les deux mains du moine élevées à la hauteur du pectoral soutiennent une ampoule (fiole d’huile consacrée). Autour du sceau on lit en caractère gothiques : CONVENT : DE LACU JURENSI, ORD : PREMONSTRATENSIS. »

Des malandrins molestent les religieux de l’abbaye du Lac-de-Joux
Ou comme quoi les murailles du monastère ne servent à rien ! De Gingins raconte l’épisode :
Les limites de La Vallée du Lac de Joux n’étaient déterminées que par les sommets des montagnes qui forment son enceinte naturelle. Ces limites n’étaient pas même indiquées alors par des arbres croisés auxquels on n’eut recours que beaucoup plus tard. Au nord, le mont d’Orseyres ou de la Torna séparait le territoire de Vallorbes de celui de La Vallée, et la petite dent de Chiè chevaux formait la limite d’aspect entre cette vallée et Vaulion qui, ainsi que Vallorbes dépendait alors de la terre de Romainmôtier. L’incertitude de ces limites occasionnait de fréquentes rixes entre les habitants de ces différentes vallées, et ces rixes amenaient quelquefois de sanglantes représailles. C’est ainsi que, dans la nuit du 10 août 1354, une troupe de gens de la terre de Romainmôtier vint en armes assaillir le monastère du Lac de Joux, en brisa les portes, maltraita les religieux de propos et de faits, blessa grièvement quelques-uns d’entr’eux, et se retira en enlevant plusieurs pièces de bétail et d’autres effets. L’abbé Louis porta plainte contre les fauteurs de cet attentat sacrilège au tribunal du bailliage de Vaud siégeant à Moudon ; il demandait la punition exemplaire des coupables et mille florins de dommages-intérêts.
Jean de Blonay, chevalier, bailli de Vaud, avait adjugé à l’abbé toutes ses conclusions ; néanmoins Guillaume de Grandson, sire de Ste-Croix, s’entremit pour adoucir la rigueur de cette sentence ; il obtint de l’abbé Louis que les dommages-intérêts seraient réduits à quatre-vingts florins payés par les hommes de la terre de Romainmôtier, auxquels il donna quittance et des lettres d’absolution datées du 26 mai 1365 sous le nom de Jean de Blonay, chevalier, bailli de Vaud. En même temps, sur l’humble requête qui lui fut présentée par les inculpés, le comte Amédée de Savoie commua la peine qu’ils avaient encourue en une amende de deux cents florins d’or bon poids qu’ils payèrent au fisc, et leur donna des lettres de rémissions datées de La Tour près Vevey, le 30 juin 1765[4].
Tout cela décrit en bonne et due forme, en latin, bien évidemment, dans l’acte XXX des Annales, intitulé : Libération de quelques hommes du prieuré de Romainmôtier qui avaient commis des violences à l’abbaye du Lac-de-Joux faite par le comte Amédée de Savoie pour le prix de 200 florins d’or, Anno 1365, 30 juin.
Ce document prouve que si l’on savait se montrer parfois très dur pour des actes répréhensibles, il arrivait que l’on témoigne aussi de clémence.
Des murailles dont on ne sait pas grand-chose

Plan de Lucien Reymond sans doute de l’époque où il pratiquait des fouilles dans les soubassements de l’ancienne église en 1867. Il reste approximatif. On peut néanmoins le superposer au plan cadastral de 1814, et notamment sur le carré formé par le vieux village.


Travaux de terrassement pour établir la maison Cuanillon au Pré de la Cure. Base de la muraille ou base d’une ancienne construction ?



Cette analyse a paru dans l’ouvrage : Auguste Piguet, Etapes d’une colonisation, Le territoire à orient des lacs de Joux de 1489 à 1600, Editions Le Pèlerin, façon JLAG, 2000, pp. 19 à 21.
Nous noterons que le chiffre de 30 000 m3 pour la construction de ces murailles nous paraît très fortement surévalué. Où trouver en effet la main-d’œuvre pour une telle édification ? Cela relève de l’impossible. Et suite à la destruction d’une telle muraille de Chine, on aurait pu construire plusieurs villages de l’Abbaye les uns à côté des autres. Non pas que le mur soit purement imaginaire, mais sans aucun doute de plus faibles dimensions, tant en épaisseur qu’en hauteur. Et par ailleurs, on l’a vu plus haut, il ne servait pas à grand-chose, si ce n’est à protéger le couvent des loups et autres animaux sauvages de l’époque qui même, ne devaient guère s’aventurer dans la présence des hommes.
Le volume du mur proposé par Auguste Piguet, si on le transforme en un terreplein, celui-ci aurait eu une longueur de 1000 m pour une largeur de 10 m et une hauteur de 3 m. On n’était pourtant plus au temps des pharaons !
Dans tous les cas le mur d’enceinte n’a laissé aucune trace et l’on n’a même aucune image de la manière dont il pouvait se présenter.

Le sort du couvent après le départ des religieux ?
L’abbaye du Lac de Joux devait connaître une destinée misérable dès 1536.
Sitôt les maîtres des lieux partis et la réforme établie à la Vallée, une nouvelle population s’empressa d’occuper les locaux délaissés. Nécessité faisant loi, on éventra, on démolit, on reconstruisit sur les mêmes murs, de telle manière qu’assez tôt l’on ne put plus reconnaître ce qu’avait été l’ancien couvent. Celui-ci en quelque sorte s’était dissout dans le village.
On en revint à s’intéresser à ce vieux passé religieux du temps de Lucien Reymond, et alors que l’on reconstruisait l’église dans les années 1865-1869. Une commission locale de la Société vaudoise d’utilité publique procéda à des fouilles sur l’emplacement du temple qui révélèrent quelques détails d’architecture ancienne mais néanmoins sans que l’on ne puisse faire des révélations d’importance.
Elle a décidé d’abord de profiter de la reconstruction du temple de l’Abbaye pou procéder à des fouilles dans les anciens caveaux du couvent. L’existence de ces caveaux parait démontrée, quoiqu’ils soient fermés depuis un temps immémorial. Les premiers travaux ont été déjà exécutés dans l’enceinte même du temple. On a trouvé beaucoup d’ossements humains, ainsi que des chapiteaux et autres débris de l’église du couvent. On a fait aussi une assez curieuse découverte ; c’est un caveau en forme de cheminée. Il a 11 pieds de profondeur, avec une ouverture de deux pieds et demi en carré. Les parois perpendiculaires sont en maçonnerie, et le fond est un pavé. Cette singulière cachette paraît avoir été recouverte d’une trappe, et devait être située près du lieu saint. Les travaux seront prochainement continués dans les environs. On espère pouvoir recueillir quelques renseignements sur la vie particulière, si peu connue, des Prémontrés de l’abbaye du lac de Joux. Un rapport sera fait ultérieurement sur le résultat de toutes ces recherches[5].
C’était un bon début quant à un retour d’intérêt pour le vieux couvent. Malheureusement, d’une part le rapport en question n’a jamais été retrouvé, si même il a été publié, et d’autre part l’histoire archéologique des lieux devait tout aussitôt retourner dans l’ombre. Il fallut attendre 1899 pour que l’archéologue Albert Naef (1862-1936) passe à l’Abbaye. Il y vit naturellement les arches toujours incrustées dans leurs façades. Il put aussi pénétrer dans quelques-unes des maisons. Son rapport, succinct, figure ci-dessous :


Valentine Chaudet, Lausanne, septembre 2017. Etude historique de l’église et de la tour de L’Abbaye, ECA 169 et 170.

Albert Naef (1862-1936), qui aurait été tué par sa jeune épouse !
Après son passage c’est le grand silence. L’ancien couvent allait pouvoir continuer à dormir sur ses deux oreilles !
Arrive l’incendie de 1966. On va découvrir en cette occasion le désintérêt total pour les restes du vieux couvent par les autorités alors en place qui n’ont pour souci que de créer au plus vite des places de parc au cœur du village. Il est vrai que ce manque de curiosité historique est dans l’air du temps, et qu’à l’époque l’on aurait étonné le monde en voulant procéder à des fouilles complètes des lieux qu’avaient occupés autrefois nos vénérables Prémontrés. Sur des ruines qui allaient bientôt disparaître, c’était pourtant l’occasion rêvée.
Cette situation d’indifférence[6] apparaît dans un rapport que fera l’archéologue cantonal P. Margot :
Le 25 janvier 1966, un incendie détruisait tout un ilot de maisons à l’ouest de l’église actuelle de l’Abbaye. Ces édifices s’élevaient à l’emplacement de l’ancienne Abbaye et conservaient d’importants restes de bâtiments du XVe siècle et peut-être même plus anciens, masqués dans des reconstructions ultérieures.
La commune décide rapidement de déblayer toute cette zone et d’en faire une place de parc à voitures. Trois personnes de l’Abbaye, Monsieur le Dr. Convert, Monsieur Ch.-E. Rochat et Monsieur le Pasteur Chautems, en accord avec l’Archélogue cantonal, Monsieur E. Pellichet, aidé de volontaires, entreprirent de sauver, lors des démolitions, les fragments intéressants. Un appel aux volontaires parut dans la Feuille d’Avis de Lausanne du 6 mai 1966.
En accord avec le président de la Commission fédérale des Monuments historiques, le soussigné est allé se rendre compte de l’état des ruines et de la possibilité d’en tirer un parti intéressant, le 22 mai 1966. A cette date, tout était déjà détruit et les blocs récupérés épars au sud du temple. De nombreux blocs de valeur portaient des fractures récentes dues à une dépose maladroite. La destruction s’est faite avec des machines de chantier (trax) et beaucoup trop rapidement sans doute, pour permettre des constatations au cours des travaux, si bien que malgré les bonnes intentions des « récupérateurs », l’essentiel a été perdu. Les dispositions mêmes des lieux n’auraient pu être reconnues que par des investigations et des relevés systématiques, ce qui n’a visiblement pas été fait, vu la rapidité de l’opération.
Il semble que les vestiges les plus importants, et qui ont seuls retenu l’attention, soient des arcades de baies du premier tiers du XVe siècle dans lesquelles on a voulu voir les arcs du cloître. Cette identification est douteuse, car ces baies étaient pourvues de vitrages, les feuillures d’origine en font foi.
Il semble que le couvent était disposé en fer à cheval, l’aile nord formée par l’église, l’aile ouest par les baies démolies et l’aile sud par des bâtiments encore existants. On pénétrait dans le cœur par un passage voûté à l’angle sud-est, ouvert sur la façade sud. Ce passage a été détruit, il n’en subsiste que le mur ouest, sur l’extrémité ouest de l’aile du bâtiment encore existante.
De ce couloir, on pénétrait dans l’aile sud par une baie dont l’arc apparaît dans le mur ; le rez-de-chaussée du dernier bâtiment de l’aile ouest, côté nord, était encore debout le 22 mai ; on y remarquait une fenêtre du XVe siècle dont la taille en calcaire jaune était ornée d’un chanfrein.
De l’église ancienne, il ne subsiste que la tour. L’église actuelle est moderne (fin du XIXe siècle sans doute) et sans aucun intérêt. La tour est contrebutée sur sa face ouest par deux contreforts modernes entre lesquels est tendu un arc qui doit être ancien, surmonté d’une baie rectangulaire murée. L’arc ne semble pas correspondre aux dispositions intérieures de la tour dont les étages bas conservent des traces de voûtes d’ogives détruites.
Aux deux angles nord-ouest et sud-ouest, la tour est appuyée par des contreforts curieusement implantés en sens inverse de ce qui semble logique. Il doit s’agir là des contreforts du chevet polygonal de l’église du XVe siècle, entre lesquels s’élevait la tour plantée hors œuvre. L’église n’aurait donc pas eu, si cette hypothèse est exacte, un chœur sous la tour comme l’arc dans sa face ouest pourrait le faire croire, mais un chevet polygone contre lequel, à l’est, se dressait le clocher.
Parmi les blocs de l’arcature du XVe siècle, en dépôt au sud de l’église, certains sont disposés de façon à reconstituer le remplage d’une baie. D’autres fragments de remplage donnent une idée de la qualité de cette architecture. Les ogives des voûtes retombaient sur les piliers en pénétrant progressivement les unes dans les autres. Sur l’un des blocs, le tracé géométrique qui a permis son exécution, est bien visible, gravé sur la face inférieure. Les piles reposaient soit au sol, soit sur un bahut. L’extrémité inférieure des nervures se terminait en base piriforme, tandis que des chapiteaux disposés en frise marquaient le niveau de la retombée des arcs sur les piles. Ces chapiteaux sont ornés de beaux feuillages en choux frisé. Un bloc peut-être placé dans un angle et formant culot, était orné d’un petit personnage malheureusement très mutilé.
Il est regrettable qu’un document d’une telle valeur et d’une telle qualité ait été démoli sans discernement, sans relevés précis des dispositions anciennes et sans investigations archéologiques qui auraient sans doute permis de remonter jusqu’au XIIe siècle et de mieux connaître l’un des hauts lieux de christianisation de notre pays. Tout ce qu’on peut encore espérer, c’est que les quelques fragments récupérés soient conservés et mis en valeur et subsistent en témoignage d’un passé de grandeur hélas perdue.
Une fois de plus, c’est le lieu de formuler le regret désabusé de voir que dans notre pays, si riche en moyens financiers pour d’autres choses, il ne soit pas possible de mettre sur pied une équipe archéologique capable, et de financer des investigations méthodiques. Ainsi, peu à peu, les témoins du passé s’en vont bribe par bribe et il ne restera bientôt qu’une Suisse parfaitement propre et mécanisée, dans laquelle tout sera mis au service du profit immédiat.

NB : signature de P. Margot, 1966 (ACV, AMH A 66/13, f. 4, A32879). Ce rapport était complété par toute une série de photos dont quelques-unes seulement nous sont connues.
Suite au sinistre du 25 janvier 1966, le 16 mars la situation des propriétaires semblait déjà réglée. On leur rachèterait la surface occupée par leur ancienne maison, place et jardin, tandis que grâce à l’assurance incendie et sans doute à de bonnes conditions, ils pourraient reconstruire en d’autres lieux.
L’Abbaye, le 16 III 1966
Monsieur le syndic et messieurs,
Enchantés de la décision que vous nous avez communiquée, lors de la séance du 7 mars, nous vous cédons volontiers notre parcelle de terrain, comprenant : l’emplacement de la maison, le jardin devant la maison, sous la voûte et le terrain derrière la maison, soit… m2 au prix de frs 12 (douze francs) le m2.
Espérant que notre prix est raisonnable et que vous en ferez l’acquisition, nous vous confions le soin d’assurer le déblaiement des ruines.
Par la même occasion nous tenons à vous remercier pour la part que vous avez prise à notre malheur. Tout d’abord, en nous cherchant des logements provisoires, des habits et de quoi acheter pour manger, etc. Encore merci à vous, monsieur le syndic, qui mettez immédiatement votre terrain à la disposition des sinistrés sans vouloir en tirer un profit exagéré, ce qui prouve combien réelle est la sympathie que vous nous témoignez tous.
Veuillez agréer, messieurs, nos meilleures salutations

Ainsi si l’on se désintéressait complètement des ruines, on veillait à assurer une transition décente aux sinistrés.
Le contrat d’adjudication de travaux fait comprendre néanmoins cette volonté excessive de faire table rase au plus vite :
L’entreprise soussignée, Franz SCHENKER & Fils, travaux publics, à Yverdon, s’engage à démolir complètement les ruines causées après l’incendie du 25 février 1965 à l’Abbaye, c’est-à-dire à rendre la place nette, propre et en ordre, à combler toutes les excavations, caves, creux à purin, etc.,, à transporter tous les matériaux à la décharge indiquée, les niveler en rendant la place parfaitement en ordre et propre. L’entreprise s’en tiendra, d’autre part, aux instructions de la Municipalité, ou de son représentant. La Municipalité dégage, d’autre part, toutes responsabilités quant aux accidents qui pourraient être causés par l’entreprise et les dégâts que cette dernière pourrait occasionner aux propriétés voisines.
Selon sa soumission, l’entreprise recevra en paiement des travaux, la somme de fr. 6000.- (SIX MILLE FRANCS), sitôt ces derniers reconnus par la Municipalité.
Pour le programme des travaux, l’entreprise s’en tiendra à la lettre d’adjudication des travaux de la Municipalité datée du 3 mai 1966.
Ainsi fait et signé à Yverdon, le … mai 1966.
Non signée.
Curieusement le montant final des travaux, facture du 2 août 1966, s’élèvera à 15 000.- soit un dépassement du devis de 250 %. Facture pourtant acquittée le 6 août 1966 par Schenker qui avait reçu la somme en question.
On l’a vu plus haut, trois hommes, Convert, Rochat et Chautems, prirent de leur temps pour tenter d’offrir quelques restes de l’ancien couvent à la postérité. C’est surtout Charles-Edouard Rochat, ancien syndic de la commune de l’Abbaye, qui se dévoua tout entier afin que ces vestiges puissent connaître une glorieuse conservation. Non sur les lieux mêmes où ils se trouvaient à l’origine, situation impossible à respecter dans l’ambiance des temps, mais à proximité de la Tour où la place était disponible et où la reconstitution de cette arche pourrait être admirée en toute tranquillité. Elle attend votre visite aujourd’hui encore pour vous révéler toute la richesse décorative d’un gothique flamboyant de bon aloi.
L’analyse de ce beau monument, offre de comprendre quelles richesses architecturales somptueuses offrait le monastère.

Reconstruction de l’arche en 1971.
Un ouvrage succinct mais néanmoins méritoire

Les études de nos trois compères, Convert, Rochat et Chautems, avait permis quelque temps après l’incendie de 1966, l’édition d’une petite brochure de 16 pages – Editions Pierre Rochat du Pont – Elle est naturellement consacrée à l’ancien couvent de l’Abbaye. Les hypothèses rejoignant les certitudes, nous n’en donneront que les pages les plus intéressantes.

L’église romane telle que la voyaient nos auteurs (dessin de Pierre Rochat). Elle correspond assez à une certaine réalité, alors que sa position était à angle droit avec l’église actuelle. Les vestiges de cette ancienne église ou abbatiale, ont été découvert lors des travaux d’excavation autour de la tour effectués en 2018.

Plan approximatif de l’ancien couvent avec sa muraille d’enceinte.
Auguste Piguet, professeur et historien, s’intéresse aux vieilles pierres
Si l’on considère que toutes les tentatives d’analyser les restes du couvent furent soldées par des échecs, il faut pourtant poser ici qu’un homme, un seul, dans les années trente du XXe siècle, s’était vraiment donné la peine de pénétrer dans chacune des maisons construites sur le monastère lui-même. La série de ses notes, brouillons établis dans de multiples carnets et cahiers, est impressionnante. Une tentative de synthèse l’est tout autant, mais ne donnera lieu à aucune publication du vivant de l’auteur. Peut-être celui-ci se doutait-il que ses hypothèses et même parfois ses conclusions, étaient trop flottantes pour être mises à la portée du public. Ce n’est qu’en 2000 que les manuscrits furent transcrits et composèrent l’ouvrage : Auguste Piguet, Etapes d’une colonisation, Le territoire à orient des lacs de Joux de 1489 à 1600, 2000, Editions Le Pèlerin façon JLAG.
Le professeur Piguet avait pénétré dans toutes les maisons et extrait de ses visites des notes qui constitueraient une matière impressionnante. Il pouvait écrire :
Que reste-t-il à cette heure, en fait de maisons d’origine ancienne gardant en quelque mesure leur cachet vétuste et nous révélant les secrets du mode de construction d’autrefois ? Un bien petit nombre. Le feu s’acharna à annihiler les témoins d’un lointain passé. L’habitant contribua de son côté dans une large mesure à cette disparition néfaste à notre point de vue. Il s’ingénia à réparer, à transformer, rehausser, embellir sa demeure, au point de lui enlever tout cacher original.
La palme de l’ancienneté revient sans conteste à la douzaine de fermes nichées dans les ex-édifices conventuels de l’Abbaye. Pour les aménager, il fallut éventrer sans pitié voûtes, vastes salles et cuisines. Chaque pièce est une énigme. On parvient toutefois à reconstituer les traits essentiels du plan conçu par les architectes du nord de la France au début du XIIe siècle.
Entrer dans le détail entraînerait trop loin. Contentons-nous de signaler aux amateurs de pittoresque les vastes hottes de cheminées en pierre demeurées debout ; les murs en gros cailloux (chillons) noyés dans un mortier d’une résistance extraordinaire, pétri à l’urine selon la tradition[7].

Edition de 2000.
Un village établi sur un vieux couvent.
On peut le retrouvertel qu’il se présentait avant l’incendie grâce à quelques documents photographiques ou diverses œuvres artistiques.

Plus ancienne photo connue du vieux village de l’Abbaye, établie par Auguste Reymond à la fin du XIXe siècle. On n’aperçoit cependant du vieux village que les toits recouverts de tavillons.

Nous découvrons ici la ruelle de l’église telle qu’elle se présentait encore au tout début du XXe siècle. On aperçoit le passage voûté tout au fond, très bien représenté sur une peinture de Tell Rochat plus tardive et fort parlante. Les restes du cloître figurent dans la maison de gauche, avec le toit surélevé.

Le passage voûté, démoli en 1966, a aussi retenu le peintre Tell Rochat.

Passage voûté repris en gravure sur bois. À droite, l’église actuelle.

Arrière des maisons photographié à la fin des années trente.
Un incendie dévastateur



Image extraite d’un film qui semblerait avoir été pris sitôt après l’incendie par la TV Suisse romande On voit ici une bonne partie de l’arrière de maisons qui seront bientôt disparues. Au fond, l’Hôtel de Ville.

L’Hôtel de Ville sera sauvé lors de cet incendie de février 1966. Le sinistre fut stoppé à vent de la maison d’à côté qui fut néanmoins démolie. Photos ci-dessus et ci-dessous de Paul-Louis Mouquin.

Même 25 janvier 1966 sans doute. Ca brule encore. Les maisons sont profondes, et celle qui se trouvait entre ces deux façades en dur, tout en bois sans doute, a complètement disparu. Il est probable qu’elle possédait encore l’antique néveau, comme l’une située en face, dans la rangée encore existante et que l’on découvre ci-dessous.

Maison figurant à gauche sur la photo précédente. Dotée elle aussi d’un néveau. Les pompiers sont toujours à la tache. Aucune de ces photos ne saurait donner une bonne vue d’ensemble de cette lignée de maisons désormais condamnées à la démolition.

On tente de maîtriser l’incendie à grands jets, mais sans espoir de sauver ces maisons anciennes et véritablement historiques.

Le quartier tel qu’il se présentait lors de ce 25 février 1966.

Vers 1955-1960. Photo prise du haut de la tour, sans doute par Charles-Ernest Rochat. Les petits personnages, pris dans un instantané saisissant, s’en reviennent sans doute du culte. Le sapin ne sera pas lui non plus épargné par l’incendie.

Même point de vue du haut de la tour, cette fois-ci les jours d’après l’incendie.
Quelques travaux de recherches furent menés lors de la prolongation de la Croisée de Joux

Les différentes publications faites par les archéologues cantonaux lors de la restauration de la tour offrent de nombreux autres éléments, tant sur la tour que sur la première église du couvent. Ces écrits, accompagnés de nombreuses photos, enrichissent de manière importante la liste des ouvrages consacré à l’abbaye du Lac-de-Joux, dont la patronne était Sainte-Marie-Magdeleine.
Un centre du village bien sympathique

Le peintre Tell Rochat en avait déjà découvert tout le charme dans les années trente.

Un long voisinage de bon augure. Nous sommes en mauvaise saison, M. André Berney a fermé son néveau !

Avec une belle fontaine tout au bas de la rue.

Une poste située au cœur du village
La poste occupa trois emplacements différents avant que de rejoindre le milieu de ce long voisinage. Le premier en l’Hôtel de Ville, le second dans la maison avec balcon que l’on découvre toujours à l’angle de la place, et la troisième dans la première maison du voisinage du haut du village.
L’installation de la poste dans la maison Clerget date sans doute de 1940, année où Henri Clerget devenait buraliste. Celui-ci prit sa retraite le 30 avril 1965. Son fils Daniel Clerget entra en activité à ce moment-là, pour voir moins d’un an plus tard, le 25 février 1966 les maisons d’en face être incendiées, et puis, peu après, démolies pour laisser la place à un vaste terrain transformé aussitôt en places de parc.
La poste, reprise ensuite par Pierre Clerget, fils du précédent, fut malheureusement fermée le jeudi 28 février 2002, à 14 h. 45. Les clients furent ainsi condamnés à fréquenter dés lors celle du Pont, située tout de même à plus de deux km d’ici.





Si l’on remonte plus en arrière dans le temps, on découvre que le Conseil communal avait décidé le 23 juillet 1821 d’engager un postillon pour porter les lettres du Pont aux Bioux et vice-versa, passant naturellement par l’Abbaye où il pouvait déjà décharger son courrier. L’homme fera le trajet deux fois par semaine, les mardi et jeudi matin. Il retirera un crutz par lettre qu’il portera. Ce premier postillon fut Jaques Etienne Rochat conseiller.
Les conditions et les exigences liées à la place évoluèrent naturellement au fil du temps, et surtout des améliorations dans les transports publics.
En 1844 on parle d’un messager facteur.
Le courrier sera bientôt pris en charge du Pont aux Bioux par la diligence. Et cela jusqu’à la création de la compagnie d’auto-transports de la Vallée de Joux (AVJ) en 1920.
Une photo mieux que des mots exprime toute l’ambiance de cette belle époque.

Le postillon décharge ses voyageurs et son courrier au pied de la maison ou se trouve alors le bureau, vers 1910.
Charles-Edouard Rochat, tout en déplorant comme d’autres que la commune de l’Abbaye n’ait pas connu le chemin de fer, ne peut se souvenir non sans émotion de l’époque de la diligence :
Les anciens se souviennent encore de la grosse voiture jaune, à deux chevaux, conduite par un postillon, dont l’un d’eux fut particulièrement célèbre par son beau caractère, sa serviabilité et sa bonne humeur. On l’avait surnommé Belloni (certaines mauvaises langues orthographiaient Belle au nid). Il laissait souvent les gosses s’agripper à la portière pour sauter sur le marchepied arrière et se faire transporter ainsi de l’école à la maison. Quand la neige était trop mauvaise, il prenait un petit traîneau à un cheval, et lorsque le cheval n’en pouvait plus, il portait lui-même le courrier devenu pressant. Durant la guerre 1914-1918, l’administration des postes réduisit le nombre des courses postales, et la Commune de l’Abbaye prit en charge les frais d^’une course supplémentaire Le Pont – Les Bioux[8].

Photo prise le 15 novembre 1920. Ce sera désormais par ce premier autobus de la compagnie AVJ que le courrier et les voyageurs seront transportés.
Dans le même bâtiment que la poste, propriété de la famille Clerget, l’épicerie.

On constate qu’Emile Clerget a recouvert l’ancienne adresse, qui était sise à Vevey, de la nouvelle. On comprend donc que l’homme a quitté les bords du Léman, et qu’importe les beautés de l’endroit et la douceur du climat, pour venir « s’enterrer » à l’Abbaye ! Quel courage ! L’IV nous révèle les épiciers de la fin du XIXe et d’une bonne partie du XXe siècle.
1895 Guignard-Reymond Paul, mercerie, épicerie et bureau de poste
1905 Clerget Emile – Guignard Ruth, ceci jusqu’en 1920
1925 Clerget Emile – Cevey Ami
1930 Clerget Emile – Veuve Nelly Guignard
1934 Clerget Emile – Veuve Nelly Guignard
1935 Veuve d’Emile – Veuve Nelly Guignard
1940 Veuve d’Emile – Rochat Nelly
1945 Clerget Henri – Rochat Odette
1950 Clerget Henri – Rochat Marguerite – Société coop. de consommation
1955 Clerget Henri – Société coopérative de consommation
1960 Daniel Clerget – Société coopérative de consommation
1965 Daniel Clerget – Société coopérative de consommation
1970 Société coopérative de consommation.

Du temps d’Henri Clerget.
Le village de l’Abbaye n’aura donc plus aucun magasin dès cette date. Mais citons encore, pour ce que l’on nomme parfois le bon vieux temps, l’épicerie de Lucien Mercet qui fonctionna en même temps que celle d’Emile Clerget :




















[1] Roman historique des Editions Favre, 2018, 294 pages.
[2] Marcel Grandjean, L’architecture religieuse en Suisse romande et dans l’ancien diocèse de Genève à la fin de l’époque gothique, développement, sources et contectes, tome II, Cahiers d’archéologie romande 158, 2015, p. 600 et 601.
[3] Textes et dessins extraits de : De Gingins, Annales de l’abbaye du Lac-de-Joux, 1842, p. 42-43 et hors-texte.
[4] De Gingins, Annales, 1842, pp. 60-61.
[5] Journal de la SVUP, juin 1868.
[6] L’indifférence régnait aussi dans le milieu scolaire. Ainsi M. Henri Berney raconte que durant toute sa scolarité, il n’entendit jamais de la part du corps enseignant un seul mot sur l’ancien couvent de l’abbaye !
[7] Auguste Piguet, La vie quotidienne et les coutumes d’autrefois à la Vallée de Joux, Monographie folklorique, cahier B, Editions Le Pèlerin, 1999, p. 177.
[8] Charles-Edouard Rochat, AVJ, 1920-1970, Editions Pierre Rochat Le Pont, 1970, p. 3
