Poste 6

    6. Place de l’Hôtel de Ville – vitrail : les notables

Les notables, vitrail d’Anne-Lise Vullioud. Ces dames sont peut-être en surnombre. Elles veillent cependant à ce que font leurs notables de maris !

    Nous attribuons une importance à toutes ces personnalités « politiques » qui, de la salle supérieure de l’Hôtel de Ville –  dans un local annexe et de moindres dimensions, voûté, sont les archives – prennent ces décisions qui vont façonner la commune.

    Leur engagement est conséquent, pas toujours reconnu par une population qui, il est vrai, n’aura que peu d’influence sur leurs décisions, raison pour laquelle elle ne saurait vraiment témoigner d’une reconnaissance infinie aux « élus ».

    Ils portèrent longtemps et exclusivement des noms d’ici. On se souvient des patronymes portés sur la cloche de 1742 : Rochat – Berney – Reymond – Guignard – Golaz – Dunand – Cart – Challet (pour Chaillet) – Aubert – Burquin.

    Ils tentent de porter haut, sans pour autant aller bien loin –  le temps des corvées de vin sur le bord du Léman est loin derrière ! –  les couleurs de la commune qui figurent sur les armoiries.

    Statistiques : 3141 hectares, 141 hectares en prés, 670 hectares en forêts, 392 hectares en champs, 1926 hectares en pâturages.

D’or au rencontre d’ours de sable, chargé d’une bande de gueules à trois coquilles du champ.

   Telle est  la description sibylline des armes de la commune de L’Abbaye[1]. Celle-ci, avec l’ours, fait allégeance à nos anciens maîtres, LL.EE. On renonce donc en quelque sorte à sa pleine liberté pour se rallier aux décisions de l’autorité supérieure. Disons à cet égard qu’on ne le fera pas moins à l’égard de la République helvétique tout d’abord, et puis du canton de Vaud qui ne respectera  pas toujours les communes de son territoire. Le bâton de commandement au plus fort. Point final.  

    Pourrait-on connaître les premiers de ces édiles appelés à gérer la commune de l’Abbaye ?  

    L’acte de partage de 1571, on quitte alors la commune du Lieu pour former une seconde commune et disposer d’un territoire, nous renseigne :

    Et pour la part des dits de l’Abaye honneste Guillaume Vincent Gouverneur, Jean Rochat et Claude Piguet officier, Jaquin Rochat et Pierre Besson alias  Lugrin, preud’hommes de la dite Cômunauté de l’Abaye représentant le toutage d’icelle[2].

    Nous voilà donc sommairement renseignés. Un citoyen de la commune de l’Abbaye plus curieux que les autres, Alfred-Moïse Rochat du Mont du Lac, tenait à en savoir plus. Il a fouillé l’entier des registres des procès-verbaux de la dite commune  pour établir la liste complète des syndics et municipaux, cela dès le premier volume connu commencé le 2 janvier 1658. Il se plaît à relever ce qui apparaît en tête du registre. Nous vous proposons ici la version de Charles-Edouard Rochat plus lisible[3] :

    Il s’agira ensuite de se doter d’un lieu de rassemblement, pour ce qui est du passé, l’église ayant servi pendant près d’un siècle et plus  de salle d’assemblée. Ce sera l’Hôtel de Ville tel qu’on pu le connaître jusqu’en 1968.  

        Or donc, à l’heure où la commune de l’Abbaye rédige son premier procès-verbal[4], celle-ci ne possède encore aucun bâtiment commun. Les assemblées se font à l’église comme il est dit plus haut. Mais il est temps de prendre le taureau par les cornes afin de parer aux nouvelles exigences de la population. On se recommande à LL.EE. pour une aide en vue de l’achat d’un bâtiment public.  

    La réponse, en allemand, est du 21 juillet 1659. On peut supposer qu’elle soit positive, puisque l’on achète derechef le bâtiment et jardin d’Egrège[5] Jonas fils d’Aaron Rochat du dit lieu afin d’en faire désormais la maison de commune. Elle va le rester plus de trois siècles.

    Magnifiques, puissants et très illustres Seigneurs,

    Vos très humbles, obéissants et dévoués sujets, les communiers de l’Abbaye du Lac de Joux, prennent l’hardiesse se présenter devant vous, représentant que depuis l’heureuse conquête de votre Pays de Vaud, ils ont eu de coutume s’assembler dans l’église dud. lieu pour illec résoudre de leur économie publique jusques a il y a environ quatre années, et iceux ayant reconnu par moyen de quelques bons avis que telle pratique n’était décente puisque la maison d’adoration ne doit pas être employée à tel usage, iceux se sont résolus s’en abstenir et ont à cet effet fait leurs assemblées en une maison particulière.

    Or comme maintenant ils ont rencontré l’occasion de s’acquérir une maison pour l’effet que dessus et que il leur serait un peu incommodé de n’en retirer aucun bénéfice, ils vous supplient très humblement qu’il vous plaise d’autoriser leur prétendu acquis en les gratifiant de tant ( ?) que de les ( ?) pour un laud simple et leur concéder la faculté de pouvoir ériger icelle maison en logis public, puisqu’elle peut servir pour les deux usages. Et c’est d’autant plus que plusieurs des forains qui viennent … en hiver de dehors, l’un d’une lieue loin, l’autre de demy lieue, ne savent où aller prendre un peu de feu en attendant l’assemblée, et même plusieurs personnes de considération seront mieux reçues et ordre mieux observé dans un logis public que dans une maison particulière.

     Par quelle bonté et gratification obligerez de plus… les dits suppliants… de plus en plus leurs prières à l’Eternel pour la prospérité et l’incolumité ( ?) de Leurs Excellences[6].

Les notables se rendent à l’Hôtel de Ville pour y régler les affaires de la commune. Ils y siégeront jusqu’en 1968 dans des locaux aujourd’hui disparus.  A droite, la cure.

Salle de la Municipalité dans l’ancien Hôtel de Ville, premier étage.

Idem.

Plafond de l’ancienne salle de la Municipalité. Au fond, l’ancien local des archives devenu chapelle. Le transfert des activités communales dans le nouvel Hôtel de Ville s’est fait en 1968.

    Outre les salles officielles, l’auberge. S’y succéderont des tenanciers divers qui pourront bientôt la quitter pour se mettre à leurs fourneaux dans le nouvel Hôtel de Ville construit en 1968-1969.  Celui-ci  accueillera désormais en son sous-sol le bureau communal ainsi que les archives.

    L’ancien hôtel de ville est racheté par un privé, puis deviendra bientôt la Croisée de Joux, centre d’accueil pour personnes en difficulté. La prolongation de cette bâtisse historique sur le côté vent, intervient en 2017-2018.

    Notons que l’Hôtel de Ville risqua de disparaître dans les flammes du sinistre de 1966 qui devait mettre à mal le long voisinage du centre du bas du village. On put heureusement maîtriser les flammes  à la limite de son ancien rural et des bâtiments de vent.  

    La poste arrivait sur cette place. L’Hôtel de Ville en constitua d’ailleurs le premier dépôt. Celui-ci fut ensuite déplacé à proximité, maison David-Henri Guignard, toujours sur la place – bâtiment au balcon de bois – . Le troisième dépôt fut chez Isaac-Daniel Bignens, au haut du village, pour gagner ensuite la maison Paul Guignard-Reymond – future maison Clerget – dans le bas.

    On peut encore citer donnant sur cette même place, la Cure, propriété de l’Etat de Vaud,  et à proximité, la pension Reymond.

    Chacune de ces bâtisses mériterait son historique.  

    Une place de l’Hôtel de Ville très animée

    Y arrive chaque jour la poste. C’est là un carrefour qui voit le croisement de la route cantonale Le Pont-Le Brassus et la route scierie –  pont de la Lionne. Des photos témoignent de l’importance de cette zone malmenée aujourd’hui par une circulation trop intense  qui a clos son existence d’autrefois plus paisible et plus chaleureuse.

C’est une place encore bien tranquille au début du XXe siècle. On remarque la diligence qui joindra le Pont au Chenit jusqu’en 1920, année  où fut créée l’AVJ – Compagnie auto-transport Vallée de Joux -. Le personnage de gauche, avec sa charrette, s’apprête à aller y chercher son courrier. A gauche du grand tilleul, la cure, à sa droite la pension Reymond, et  tout à droite, l’école.  La vie du village se passe en partie ici.

La poste s’arrête en vérité à cette époque-là devant la maison de David-Henri Guignard. L’hiver, la caisse quitte les roues pour retrouver le traîneau. On ne sable ni ne sale les routes en ce temps-là.

Les enfants de l’Abbaye aiment faire cortège. Et si ce n’est pas officiel, ils en organisent d’autres avec passion et selon leur goût. Les mariages enfantins au village émanent d’une longue tradition.  

Mariage de Mesdames et Messieurs Gustave Hagen-Simond et Albert Simond-Clot célébré à l’unisson le 20 avril 1920, année ou disparaîtra à tout  jamais la vieille diligence.

On l’a signalé plus haut, une place encore  relativement tranquille malgré son animation coutumière.  

La pension Reymond (1896)   accueille ceux que l’on nomme  étrangers.  

L’heure du bitume a commencé.  On rebouille à tout va.

25 février 1966. Le drame, la moitié du bas du village disparaît dans les flammes.

L’incendie fut maîtrisé au niveau de la grange et de l’écurie de l’Hôtel-de-Ville qui furent néanmoins détruits après le sinistre.  Photo Paul-Louis Mouquin.

Peintre inconnu pour une superbe aquarelle. Le village de l’Abbaye dans la magnificence de ses couleurs d’été. Au premier plan, Vers-chez-Collas, au milieu l’école et l’ancienne pension Reymond. L’église est à droite. Ne manque que la tour pour compléter ce tableau idyllique.  

D’un Hôtel de Ville à l’autre, quelques tenanciers

Liste selon l’IV

1895 Mme Simond

1896 Golay-Develey

1905 Desarzens François

1910 Idem

1915 Cuénoud Louis

1920 Cloux-Guex

1925 Perrochon L.

1929 Guignard-Desarzens Eug.

1930 Idem

1935 Rochat Léopold

1937 Muhlethaler Robert

1940 Idem

1945 Fuchs Werner

1950 Haefeli P.

1955 Idem

1960 Simond Marcel

1965 Idem

1970 Fuhrer F.

1975 Idem

1980 Kneuss Michel

1985 Idem

1990 Chabloz Pierre-André et Jacqueline


[1] En même temps que celles du village.

[2] Charles-Edouard Rochat, L’Abbaye 1571-1971, 1971, p. 52.

[3] Op. cit. p. 68

[4] Les comptes sont de beaucoup plus anciens. Les premières notes  sont de 1576, soit de cinq ans après la constitution de la commune en 1571.

[5] Egrège = notaire.

[6] ACA, JA3, de 1659 probablement.